 Traduction française de Podcast 64
Podcast Signs of the Times
11 August 2006
Traduction Jérôme Louvel
Laura « Il y a un programme de désinformation pour littéralement tous et chacun, qui que vous soyez, quelque soient vos goûts, vos croyances, vos centres d'intérêt ; un site Web a été conçu spécialement pour vous, pour diriger votre pensée et votre attention et vous emmener dans la direction qu'ils souhaitent que vous preniez... »
« Vous écoutez Radio Libre Signs-of-the-Times qui émet au cœur d'une Amérique occupée »
Henry |
Bienvenue sur le podcast Signs-of-the-Times de cette semaine. Je suis Henry... |
Joe |
Je suis Joe... |
Scott |
Je suis Scott... |
Henry |
Et nous avons Laura une nouvelle fois avec nous : bienvenue Laura ! |
Laura |
Merci ! |
Henry |
Et nous plongeons la main dans le sac à courrier pour la deuxième semaine consécutive. Cette semaine, nous allons traiter des questions très générales que nous recevons, du style : « S'il vous plaît, parlez nous de A la recherche du miraculeux, s'il vous plaît, parlez-nous de Gurdjieff ! ». C'est ce que nous allons tenter cette semaine !
Evidemment, c'est un vaste sujet dont nous n'allons pouvoir évoquer que certains aspects. Si vous avez des questions, vous êtes invités à nous les poser sur le forum de Signs-of-the-Times. Si vous pouviez simplement être un petit peu plus précis que « S'il vous plaît, parlez nous de A la recherche du miraculeux », cela nous aiderait à nous centrer sur vos préoccupations.
A la recherche du miraculeux est le titre qui a été donné par son éditeur anglais à un livre écrit par Peter Ouspensky[1]. Le titre original était Fragments d'un enseignement inconnu [2]. Fragments d'un enseignement inconnu est un titre qui éclaire mieux le contenu effectif du livre, car celui-ci ne fait qu'effleurer le sujet Gurdjieff, et ne fait qu'effleurer les enseignements du Christianisme ésotérique qui forment une partie de ceux qui ont inspiré Gurdjieff.
Ouspensky rencontra Gurdjieff en Russie en... combien ? : mille neuf cent treize, mille neuf cent quatorze. Les dissertations du livre sont des résumés de la main d'Ouspensky des enseignements donnés par Gurdjieff pendant les quelques années pendant lesquelles il a enseigné en Russie. Quand la révolution russe survint en mille neuf cent dix sept, Gurdjieff partit avec son entourage dans un périple qui dura quelques années, et finit par vivre le restant de ses jours en France. Au moment où il gagna l'Europe, Ouspensky avait rompu avec lui. Donc les enseignements que vous trouvez dans le livre ne couvrent que ces quelques années au cours desquelles Ouspensky a été l'élève de Gurdjieff. Un livre intitulé Struggle of the Magicians[3], écrit par William Patrick Paterson, donne quelques détails sur la relation qu'entretinrent Ouspensky et Gurdjieff au fil des ans, et aborde en particulier la manière dont Gurdjieff travaillait avec Ouspensky. Ouspensky était un homme intelligent, qui avait beaucoup travaillé de son côté et avait entrepris ses propres recherches pour acquérir cette connaissance qu'il savait exister ; mais il était aussi... disons qu'il avait pas mal d'orgueil. Et son centre intellectuel était extrêmement développé. Gurdjieff passa un bon moment à tenter de passer la barrière de ce côté rationnel d'Ouspensky et d'éveiller son centre émotionnel. On sait que dans nos sociétés, ce sont les centres intellectuels des gens qui sont développés - Moravia traite largement de ce sujet dans son oeuvre, Gnosis. Gurdjieff se concentrait sur Ouspensky en essayant de passer la barrière d'une personnalité exclusivement située dans son centre intellectuel. Et Ouspensky était tellement fier et infatué de lui-même qu'il fut incapable de lâcher prise. Il commença à se convaincre qu'il comprenait le système mieux que Gurdjieff lui-même, et mésinterpréta ce que Gurdjieff faisait avec lui à un point tel qu'il se prit à penser que Gurdjieff tentait de susciter de la dévotion, un rituel, une adhésion quasi religieuse chez ses élèves. Il ne vit pas qu'il s'agissait juste de la manière particulière dont Gurdjieff travaillait avec lui, pour dépasser ses barrières et éveiller son centre émotionnel. Cela conduisit à une rupture.
Néanmoins, A la recherche du miraculeux est un livre que chacun doit lire, parce que c'est un compte-rendu fidèle de la manière dont Gurdjieff enseignait dans ces années qui précédèrent la révolution, et de la manière dont il travaillait avec ses élèves. Le livre est riche d'enseignements : nous ne parlerons aujourd'hui que de quelques unes des idées qu'il contient, que nous allons tenter de placer dans le contexte du travail que nous faisons. Ceux d'entre vous qui connaissent Signs-of-the-Times savent que nous portons notre attention sur le monde au quotidien, et que nous tentons d'atteindre une vision du monde la plus objective possible. Nous en parlons comme de la « manière dont l'Univers se voit lui-même ». |
Laura |
C'est une très bonne question, Henry. La première chose que je souhaiterais dire au sujet du livre lui-même, A la recherche du miraculeux, est qu'il a été écrit juste avant la mort d'Ouspensky, et qu'une fois qu'il l'eût terminé, il formula le souhait qu'il ne soit jamais publié. Après sa mort, sa femme, qui avait gardé de nombreux contacts et une attitude favorable envers Gurdjieff, communiqua le manuscrit à Gurdjieff pour qu'il le commente. Après l'avoir lu, son seul commentaire fut qu'Ouspensky avait une excellente mémoire. Il ne formula aucune critique quant au contenu du livre. Donc j'estime que nous pouvons nous appuyer dessus en tant que compte-rendu fidèle de ce que Gurdjieff confia à Ouspensky durant cette période, puisqu'il a reçu l'approbation plus ou moins tacite de Gurdjieff comme tel. Nous pouvons aussi exprimer notre reconnaissance à la femme d'Ouspensky, pour sa décision de publier ce livre contre le vœu même d'Ouspensky, car il était d'une portée bien trop importante pour rester sous le boisseau. On ne peut que s'interroger sur les raisons d'Ouspensky de ne pas publier cette recollection. Parce qu'il y avait des différences très nettes entre la façon dont Ouspensky voyait cet enseignement, et le but que Gurdjieff poursuivait. J'estime que la chose la plus importante pour quiconque est intéressé à comprendre Gurdjieff, ce qu'il disait, ce qu'il essayait de faire, est de tenter de trouver ce qui lui est arrivé qui ait suscité les idées qu'il avait, ce qu'était son but, ce qu'étaient ses objectifs, quelles étaient les circonstances et le contexte de l'apparition de ces idées. Parce qu'il y a, comme il se doit, beaucoup de conjectures sur les enseignements que les gens disent qu'il aurait reçus des soufis, de la tradition de l'orthodoxie orientale, d'une école secrète de Sibérie, qu'il aurait emprunté ici, pillé là, plagié ailleurs... beaucoup de choses très critiques ont été dites à son endroit, et je ne trouve pas cela entièrement juste. Gurdjieff lui-même nous rend compte de quand, où et comment ses idées, ou plutôt les fondements de ses idées, lui vinrent. Et c'est dans un petit livre intitulé La Vie n'est réelle que lorsque « je suis »[4], le troisième livre dans sa série « All and Everything ». J'aimerais juste vous lire un petit extrait de ce livre pour vous en donner une idée - et je ferai des commentaires au fur et à mesure. Dans sa préface à ce livre (Life is real), Gurdjieff est cité comme ayant dit à propos de clui-ci :
« ...Mon dernier livre, grâce auquel je souhaite partager avec les autres créatures de notre Père commun semblables à moi, à peu près tous les mystères du monde intérieur des hommes restés inconnus jusqu'ici, et que j'ai connus accidentellement. »
Connus accidentellement ! Mme de Saltzman, qui a édité et publié ce livre, nous dit que « Gurdjieff écrivit ces mots le six novembre de l'année mille neuf cent trente quatre, et se mit au travail immédiatement. Pendant les quelques mois qui suivirent, il se consacra entièrement à travailler les idées de ce livre. Puis soudain, le deux avril mille neuf cent trente cinq, il cessa complètement d'écrire. Pourquoi laissa-t-il ce troisième tome inachevé, et abandonna-t-il apparemment son intention de le publier ? Il laisse clairement comprendre dans les dernières pages de Récits de Belzébuth à son petit-fils[5], que ce troisième tome ne serait accessible qu'à ceux qui auront été sélectionnés sur leur capacité à comprendre « la vérité objective qu'il allait mettre en lumière ». Avant sa mort, nous dit Mme De Saltzman, Gurdjieff me fit chercher pour m'informer de sa façon de voir les choses, et pour me donner certaines instructions. Il dit :
« Publiez lorsque vous serez sûr que le temps est venu. Publiez le premier et le deuxième tome, et la chose essentielle, la première chose, est de préparer un noyau de personnes capables de répondre à l'exigence qui se fera jour. Tant qu'il n'y aura pas un noyau responsable - d'être humains, en fait[6] - les actions produites par les idées ne dépasseront pas un certain seuil. Cela prendra du temps. Beaucoup de temps. ».
Ensuite il ajoute :
« Publier le troisième tome n'est pas nécessaire : il a été écrit dans un autre objectif. Néanmoins, si vous estimez que vous le devez, publiez-le un jour. »
Maintenant ce à quoi j'aimerais que vous prêtiez attention, c'est à ce que Gurdjieff a dit au curateur de son héritage, Mme de Saltzman. Il a dit, et je le répète ici :
« ...La chose essentielle, la première chose, est de préparer un noyau de personnes capables de répondre à l'exigence qui se fera jour. »
J'ai commenté cela par écrit autre part, en disant que lorsque Gurdjieff s'est exprimé ainsi il était prophétique. Avec son talent d'observation de la nature humaine, et sa connaissance de l'Histoire et des cycles de l'Histoire, il était assez clair qu'il savait qu'un besoin allait se faire jour. Il connaissait bien sûr certains secrets auxquels nous n'avons pas accès. La question est : comment a-t-il eu connaissance de ces secrets ? Que savait-il et qu'en avait-il compris ? Remarquez également qu'elle (Mme de Saltzman) dit qu'il écrivit ces mots le six novembre mille neuf cent trente quatre. Le six novembre. C'est une date intéressante, parce qu'en fait il fait référence au six novembre dans le texte même du livre La Vie n'est réelle que lorsque « je suis ». Dans ce livre il parle de l'événement lui-même, du contexte dans lequel il était arrivé aux idées sur quoi faire, comment le faire, ce qui était nécessaire ; dans lequel il a « inventé » son concept du « se rappeler soi-même » - l'observation de soi. Et je pense qu'il y a un grand nombre de gens qui disent suivre le travail de Gurdjieff et qui n'ont pas lu ce passage suffisamment attentivement ni compris sa portée. Parce qu'il nous en dit beaucoup sur ce qui a fait que Gurdjieff était comme il était, ce qu'il pensait, ce qu'il faisait, et comment il en était arrivé à ses conclusions. Et il nous donne un modèle à suivre pour atteindre des états d'être similaires à ceux que Gurdjieff a lui-même atteints. Dans son livre, il parle de beaucoup de ses voyages, de ses expériences. Ceux d'entre vous qui êtes familiers avec l'histoire de Gurdjieff savent qu'il a été blessé à plusieurs occasions. Il s'est exposé à de grands dangers, parfois par imprudence, parfois parce qu'il voyageait à la recherche de réponses dans des parties du monde sujettes à des révolutions, à des troubles, des guerres - toutes sortes de folies humaines : des hommes tuant d'autres hommes...Telles étaient les conditions dans lesquelles il se trouvait lorsqu'il en arriva aux idées qui devinrent les siennes. Il écrit dans son livre, je cite :
« Après avoir surmonté d'inimaginables difficultés, et toutes sortes d'obstacles grands et petits, j'arrivai à la ville de Yanghasar, située dans ce qui était alors le Turkestan chinois. Là, en faisant appel à tous mes amis, je rassemblai quelque argent, et me retrouvai à l'endroit exact où j'avais vécu plusieurs années auparavant, alors que je récupérais une santé mise à mal par la balle perdue numéro deux. Cet endroit se trouve à la limite sud ouest du désert de Gobi, et représente pour mon esprit la partie la plus fertile qui soit à la surface de notre terre. Et concernant l'air qu'on y respire et son influence salutaire sur quiconque se trouve en convalescence, je le qualifierais de vraiment purgatorial ».
Je ne sais pas s'il entendait « purgatorial » dans le sens de relatif au purgatoire, ou s'il voulait dire qu'il « purgeait » l'être d'autres influences. Néanmoins, c'est le mot qu'il a employé. Je poursuis :
« Si le Paradis et l'Enfer existent en réalité, et s'il émane d'eux comme une sorte de radiation, alors l'air qui se trouve entre ces deux sources - à savoir : le paradis et l'enfer - doit sûrement ressembler à celui-ci. Parce que d'un côté se trouve un sol duquel surgissent littéralement comme d'une corne d'abondance toutes les espèces de fleurs terrestres ; et que juste à côté de ce sol fertile s'étendent des centaines de milliers de kilomètres carrés qui représentent littéralement l'enfer, où non seulement rien ne pousse, mais où toute chose venant d'ailleurs et y parvenant se trouve détruite en un temps très court, et ne laisse aucune trace ».
Ici il parle bien sûr du désert de Gobi.
« Précisément là, à ce petit endroit précis de la dure surface de notre terre, l'air, qui nous est une deuxième nourriture,... »
Gurdjieff se réfère à l'air comme à une forme de nourriture.
« ...trouve son origine et se transforme entre les forces du Paradis et de l'Enfer. En moi, elles avaient créé, à la fin de ma première visite,... »
Il y fait référence ci-dessus : c'était au moment où il récupérait de la « balle perdue numéro deux » :
« En moi, elles avaient créé, à la fin de ma première visite, un état de quasi-délire - à savoir ce même raisonnement sur soi, à propos duquel, dans ma conscience, dans la soirée du six novembre, comme je l'ai dit plus haut, une idée se mit à briller qui m'apparut alors totalement absurde ».
Ce qu'il nous dit là, c'est qu'il commença le travail sur son livre Life is real... le six novembre, plus ou moins en commémoration de l'événement au cours duquel il eut pour la première fois l'idée qui est à la base de son œuvre. Je n'ai pas l'impression que beaucoup de gens prêtent attention à ce petit fait curieux. En tous cas, il s'apprête à nous dire ici ce qui, exactement, lui arriva :
Le six novembre... « ...une idée se mit à briller qui m'apparut alors totalement absurde. C'était la première fois que mes amis m'amenaient ici sans connaissances, peu après avoir été blessé par la balle perdue numéro deux. Au début, des amis m'entouraient, mais après que j'aie repris conscience et que j'aie commencé à me sentir mieux, ils finirent par s'en aller ».
Il ne resta plus que deux personnes à veiller sur lui, un très jeune tibétain et un Kirghize. Donc il vivait là...
« ... loin de la foule des hommes, soigné par deux personnes sympathiques qui me traitèrent avec une attention presque maternelle, et pendant tout ce temps-là nourri par l'air roboratif dont j'ai parlé plus haut. En six semaines j'avais récupéré, de sorte que déjà je souhaitais quitter cet endroit, et avais pris mes dispositions à cet effet... »
Tout était rassemblé, empaqueté, dans l'attente des chameaux et de la petite caravane qui devait l'emmener. Il poursuit :
« A ce moment-là, je me sentais, si pas tout à fait entièrement sur pied, du moins dans un état satisfaisant. C'était la nuit. La pleine lune s'était levée. En réfléchissant longuement, à partir d'associations d'idées anciennes et nouvelles, mes pensées revinrent à nouveau à la question qui, à cette époque, s'était déjà transformée en « idée fixe »[7] de mon monde intérieur. Alors que j'y méditais sous l'influence, d'un côté, du vacarme distant et sourd formé du son d'un million de vies de toutes formes possibles, et d'un autre côte, d'un silence impressionnant, en moi grandit graduellement, en relation avec mon âme, une faculté critique d'une force sans précédent. Au début, tous mes errements et toutes mes recherches précédentes me revinrent en mémoire, tandis que d'un côté je constatais mes tâtonnements, et, d'une manière générale, l'imperfection des méthodes que j'avais appliquées auparavant, d'un autre côté la manière dont j'aurais dû agir dans telle et telle circonstance m'apparut clairement. Je me souviens fort bien combien ma force se trouvait affaiblie par ces pensées tendues, en même temps qu'une partie de moi m'ordonnait sans cesse de rassembler mes esprits afin de les arrêter. Mais cela, je ne pouvais y parvenir, telle était la force de mon implication en elles ».
Arrêtons-nous un instant. Rendez-vous compte de ce que Gurdjieff est en train de décrire : il décrit sa première expérience réelle et consciente, sa première prise de conscience qu'il était, en fait, en train de se rappeler lui-même : il était en train de faire cela même sur quoi il basera son œuvre entière pour le restant de ses jours. Je vais le relire à nouveau - ce qu'il faisait, ce qu'il pensait :
« ..., tandis que d'un côté je constatais mes tâtonnements, et, d'une manière générale, l'imperfection des méthodes que j'avais appliquées auparavant, d'un autre côté la manière dont j'aurais dû agir dans telle et telle circonstance m'apparut clairement ».
C'est le début du processus de se rappeler soi-même : vous faites l'inventaire de votre vie ; vous l'observez de manière froide, claire et saine, afin de voir comment chacune de vos action a conduit à telle autre action, ou à telle réaction de la part d'une autre personne, ou de la vie elle-même ; et vous l'examinez dans tout son contexte, en toute connaissance de cause, afin de comprendre ce que vous auriez dû faire pour rendu les choses différentes. Je suis sûre que tout le monde sait bien que toutes les fois où vous dites ou faites quelque chose, et que quelque chose de douloureux ou déplaisant se produit, vous réalisez après coup ce que vous auriez dû faire. Il existe un proverbe qui dit que « la vue arrière est 20/20 »[8]. Gurdjieff, ici, parle de sa propre application da la « vue arrière 20/20 », d'une application véritable de la « vue arrière 20/20 ». Mais poursuivons et voyons ce qu'il dit d'autre. Il dit :
« Je ne sais pas sur quoi tout cela se serait achevé si, à ce moment, alors qu'instinctivement je commençais à sentir que j'allais perdre conscience, les trois chameaux auprès desquels je me trouvais ne s'étaient pas assis - sur quoi je revins à moi et me levai. Le jour était déjà en train de poindre. Mes jeunes compagnons étaient éveillés, et vaquaient aux préparatifs habituels de la vie matinale dans le désert. Après discussion avec le vieil homme, nous décidâmes de profiter de la lueur de la lune et de nous mettre en route le soir même. Qui plus est, les chameaux pourraient ainsi se reposer convenablement pendant la journée. Au lieu de m'étendre et de dormir, je pris avec moi un fusil et un seau de voyage, et me rendis à une source d'eau très fraîche qui se trouvait non loin de là, à la limite du désert. Me déshabillant, je commençai à verser très lentement cette eau fraîche sur moi. Après quoi, et bien que je me sentît très bien mentalement, je devins si faible physiquement qu'après m'être rhabillé je dus m'étendre sur le sol, auprès de la source ».
Ici, soyez très attentifs :
« Ainsi, me trouvant si faible physiquement, en même temps que très reposé mentalement, il se produisit en moi le même raisonnement sur soi, dont l'essence resta gravée dans ma conscience à jamais, et à propos duquel, ce soir du six novembre, se mit à briller l'idée mentionnée. A cause de son éloignement, je ne me rappelle plus des mots exacts de ce raisonnement sur soi, si peu en rapport avec mon état général habituel. Mais, ayant préservé en moi ce qu'on pourrait appeler son « goût », je peux m'en rappeler exactement, bien qu'en des mots différents. Il consistait en ce qui suit ».
Ici, vous allez entendre ce que Gurdjieff raconte à propos de ce qui traversait son esprit en ce moment de clarté mentale intense, ce moment de transformation. C'est l'événement qui a fait de Gurdjieff qui il était, et ce qu'il était, et le poussa à faire ce qu'il fit - c'est donc quelque chose d'extrêmement important : soyez attentifs ! Il pensait :
« A en juger sur ma forme durant les jours précédents, il semblait que je fusse une nouvelle fois revenu à la vie et que, que je le voulusse ou non, j'eusse à pousser mon chemin et tituber tout comme avant. « Mon Dieu ! Est-il possible que j'aie à vivre à nouveau tout ce que j'ai traversé dans la période de ma vie active durant laquelle je disposais de tous mes moyens, ces six mois qui ont précédé ce dernier malheur qui m'a frappé :... ».
En résumé il se demande : « Est-ce que j'aurai à poursuivre sur ce chemin qui était le mien auparavant ? Est-ce que c'est ça la vie : cette douleur, cette souffrance et cette misère, cette recherche, cette lutte, ces efforts ? Est-ce être sujet aux erreurs, soumis aux coups du sort ? etc. » C'est donc ce qu'il est en train de se dire - et je suis sûre que la plupart des gens l'ont fait à un moment ou un autre.
« « ...Pas seulement à ressentir des sentiments alternant entre le remords quant aux manifestations intérieures et extérieures de mon état d'éveil ordinaire, et la solitude, la déception, la satiété, et le reste - mais principalement d'être partout hanté par la peur du vide intérieur - mais encore : qu'est-ce que je n'ai pas fait ? Quelles ressources n'ai-je pas encore épuisées dans ma détermination - vaine jusqu'ici - à atteindre un état où le fonctionnement de mon esprit et de mon état de veille ordinaire suivraient les instructions préalables de ma conscience active ? » Ayant été par le passé sans pitié pour mes faiblesses naturelles, et ayant gardé toujours jalousement un œil sur moi-même, je pouvais atteindre presque tout ce qui est possible à l'homme - et même, dans certains domaines, atteindre un niveau de pouvoir tel qu'aucun homme, sans doute, n'en avait jamais atteint auparavant. Par exemple, le développement du pouvoir de ma pensée avait été porté à un tel niveau que je pouvais, par seulement quelques heures d'auto - préparation, tuer un yak à une distance de plusieurs kilomètres ; ou bien je pouvais en vingt quatre heures accumuler des forces vitales d'une telle compacité qu'il m'était devenu possible d'endormir un éléphant en cinq minutes. Mais en même temps, malgré tous mes désirs et mes efforts, je ne pouvais, au cours de ma vie ordinaire au contact des autres, parvenir à me rappeler moi-même de telle manière que je puisse me manifester, non suivant ma nature, mais suivant les instructions préalables de ma conscience recueillie ». |
Henry |
C'est un point très important. Parce que là vous avez là le dédoublement que vous pouvez constater dans beaucoup d'enseignements : ces gens se concentrant sur des phénomènes... Vous avez d'un côté Gurdjieff qui dit qu'il possédait ces pouvoirs formidables qu'il avait développés - qui peuvent se comparer au genre de choses que vous entendez, que des gourous et des professeurs prétendent pouvoir développer en leurs élèves... - et malgré tout cela, il voyait qu'en un sens il était complètement vide et qu'il n'était parvenu à rien du tout. |
Laura |
Oui. Il dit :
« ...je ne pouvais (...) parvenir à me rappeler moi-même... »
c'est à dire se rappeler les idées profondes qui lui avaient traversé l'esprit, à propos d'être en mesure de... vous savez, la « vue arrière est 20/20 » : savoir ce que vous faites, par rapport à ce que vous devriez faire. Il dit qu'il n'était même pas capable, dans quelque situation que ce soit, de se rappeler ce qu'il devait faire ! Parce qu'il se comportait plus ou moins mécaniquement. Toutes les choses qu'il avait faites, il les avait faites mécaniquement - et non avec cette clarté de vision qui lui permettait de discerner ce qu'il aurait dû faire. Et il se fit la promesse que dorénavant il ferait ce qu'il doit faire, au lieu d'obéir à un fonctionnement mécanique. Et voilà qu'il dit « Je suis capable de tuer un yak avec le pouvoir de mon esprit, ou d'endormir un éléphant... et je peux même pas me rappeler de faire ce que je sais ce que je dois faire, à partir de ce niveau de conscience profond que je sais pouvoir atteindre - mais qui m'échappe, qui me quitte et me laisse à la merci de mon comportement mécanique !... » |
Joe |
C'est de là que vient le concept de « faire » chez Gurdjieff. La capacité d'être en mesure de « faire ». Parce que selon lui, un homme ordinaire ne peut rien « faire ». Mais pour lui « faire » ne se réfère pas aux activités « normales » de la vie ordinaire d'une personne lambda, ne se réfère pas à la capacité de tuer un yak à la distance de tant de kilomètres, ou d'endormir un éléphant... : ce n'est pas ce que Gurdjieff entendait par « faire ». |
Laura |
Pour lui « faire », c'était accomplir votre devoir. |
Joe |
Oui... Mais cela reste ambigu... |
Laura |
Oui. Cela reste un peu ambigu. En tout cas, il dit :
« Je ne pouvais atteindre à l'état de me rappeler moi-même suffisamment pour empêcher les associations qui se produisaient automatiquement selon certains facteurs héréditaires indésirables liés à ma nature. Dès que l'accumulation d'énergie me permettant de rester en capacité d'agir était épuisée, alors immédiatement des associations de pensées et de sentiments commençaient à se produire dans la direction d'objets totalement opposés aux idéaux... »
Les idéaux !
« ... de ma conscience. Quand je me trouvais dans un état d'insatisfaction complet quant à ma nourriture, ou quant au sexe, les associations principales qui se produisaient en moi me conduisaient principalement à me montrer vindicatif. Et dans un état de complète satisfaction, elles me conduisaient sur le thème du plaisir à retirer d'un repas, ou du sexe, ou de la gratification produite par l'amour de soi, la vanité, la fierté, la jalousie, et autres passions. Je pensais moi-même profondément, et essayais de savoir des autres les raisons de cette terrible situation au sein de mon monde intérieur - mais ne pouvais rien éclaircir du tout. D'un côté, il est clair qu'il est nécessaire de me rappeler moi-même au cours du processus de la vie ordinaire aussi... »
... en d'autres termes d'obtenir cet état de conscience intense et profond dans lequel vous êtes capable de discerner cette partie de vous-même qui vous conduit à faire les choses de telle manière, et cette autre partie de vous-même qui est capable de vous observer et de dire « Non, ce n'est pas ce que tu es supposé faire ! C'est plutôt cela que tu dois faire » - cette observation de soi, il vous faut la réaliser de manière continue : c'est ce dont il s'agit.
« D'un côté, il est clair qu'il est nécessaire de me rappeler moi-même au cours du processus de la vie ordinaire aussi, et d'un autre côté qu'il existe le besoin d'une attention présente qui puisse se faire jour dans le cas de contacts avec autrui ».
Il désigne donc de cet état intense de conscience de soi, de la « vue arrière 20/20 » de vous-même, et également cette capacité d'être attentif au monde lui-même, à votre environnement et aux personnes qui le peuplent. D'atteindre un état d'être hautement manifesté. C'est ce dont il parle.
« Bien qu'au cours de ma vie passée j'aie tout essayé, que j'aie porté sur ma personne toutes sortes de facteurs de rappel, rien ne me fut secourable. Peut-être cela me fut-il d'une aide quelconque pendant que je les portais sur moi, mais dès que je cessais de les porter, ou aussitôt que je m'y habituais, tout redevenait comme avant. Il n'y a aucune issue à cela, de quelque sorte qu'elle soit. Cependant, il existe une porte de sortie et une seule : d'avoir à l'extérieur de moi un agent de régulation permanent, à savoir un facteur qui me remette en permanence à l'esprit, dans quelque état que je me trouve communément, de me rappeler moi-même. De quoi s'agit-il donc ? Cela peut-il être ? Une nouvelle pensée ? Comment une pensée aussi simple ne m'est-elle jusqu'ici jamais venue à l'esprit ? Etait-il vraiment nécessaire que j'eusse à souffrir et désespérer autant pour n'arriver qu'aujourd'hui à la pensée d'une telle possibilité ? Pourquoi ne pourrais-je pas en cet instant embrasser aussi du regard un univers d'analogies - et voilà en vérité un univers d'analogies : Dieu. Lui seul est partout. En Lui tout est relié. Je suis un homme, et en tant que tel, je diffère de toute autre vie animale, car j'ai été créé par Lui à Son image. Parce qu'Il est Dieu, alors j'ai en moi les mêmes possibilités et impossibilités que Lui. La différence entre Dieu et moi n'est qu'une question d'échelle. Parce qu'Il est le Dieu de toutes les présences dans l'Univers, il s'ensuit que je dois également être le Dieu de quelque présence à ma propre échelle. Je suis aussi Dieu, bien que de mon seul monde intérieur. Il est Dieu, et je suis Dieu. Pour tout, et en tout, nous avons les mêmes possibilités et impossibilités. Tout ce qui est possible ou impossible dans l'orbe de Son monde immense doit être possible, ou impossible, dans la sphère limitée du monde d'un seul homme. Cela est aussi clair que le fait qu'après la nuit vient le jour. Comment ai-je pu échouer jusqu'ici à discerner une analogie aussi frappante ? J'avais tellement pensé à la création et au maintien des mondes, et à Dieu dans ses oeuvres en général, et discouru avec d'autres de tous ces sujets ; mais jamais une seule fois cette simple pensée ne m'était venue. Et pourtant, il ne pouvait en aller autrement. Tout, sans exception, de la saine logique aux données de l'Histoire, révèle et affirme que Dieu représente le Bien. Il est tout Amour et Pardon. Il est Le Juste Pacificateur de tout ce qui existe. En même temps, étant Ce qu'Il est, pourquoi ferait-Il naître de Lui un de ses plus proches, animé par Lui, aimé de Lui, simplement pour qu'il devienne la proie de l'orgueil, personne jeune et encore incomplètement formée, et pour le doter d'une force égale et opposée à la Sienne ? Je fais référence ici au Diable.
Cette idée se mit à illuminer de soleil l'état de mon monde intérieur, et me rendit évident que dans le grand monde, pour qu'il existe la possibilité d'une construction harmonieuse, il fallait inévitablement qu'existe une sorte de continuité de ce facteur de rappel. Pour cette raison, au nom de tout ce qu'Il avait créé, notre Créateur Lui-même fut tenu de placer l'un de Ses Fils bien aimés dans cette situation discriminante, au sens objectif du terme. C'est pourquoi, j'ai également à créer maintenant à partir de moi-même, au bénéfice de mon petit monde intérieur, un facteur aimé de moi qui soit comme une source continûment lumineuse. Cela soulève maintenant une question : qu'y a-t-il qui soit contenu dans ma présence générale et qui, si je devais m'en débarrasser, me ferait sans cesse me souvenir de lui dans la succession de mes différents états en général ? En y pensant sans cesse, j'en arrivai à la conclusion que je devais intentionnellement cesser d'utiliser le pouvoir exceptionnel qui était en ma possession, qui avait été développé consciemment par mes soins au cours de ma vie ordinaire en société, et que cela devait forcer hors de moi une source de rappel »...
- à savoir le pouvoir dérivé de la force dans le champ ce que d'autres appelleront la télépathie et l'hypnotisme.
« ...Grâce à cela principalement, mon inhérence, développée en moi et par moi, j'ai été, dans le processus de la vie ordinaire - et spécialement ces dernières années - pourri et dépravé jusqu'au tréfonds de mon être. A tel point que cela me restera probablement toute ma vie. Ainsi, si je me prive consciemment de la grâce de mon inhérence, alors sans aucun doute, tout le temps et en chaque chose son absence se fera sentir ».
Gurdjieff se propose donc là - et il en fait le vœu - de faire une certaine chose. Et de rester fidèle à ce vœu, de se priver de quelque chose auquel il se réfère comme à son pouvoir de télépathie et d'hypnotisme, qu'il avait utilisé pour survivre, et pour obtenir des choses dont il avait besoin : sexe, argent, ressources, etc. L'équivalent de cela, pour les états humains normaux, est de faire le vœu de nous priver de nos jeux, de nos manipulations, de nos mensonges à nous-mêmes et aux autres, et de nous rappeler en permanence par ce moyen de qui et de ce que nous sommes, essentiellement, au fond de notre être. |
Henry |
La difficulté que nous avons à cela est que Gurdjieff paraît avoir été conscient des pouvoirs auxquels il fait allusion, conscient de la manière dont il les utilisait pour obtenir ce dont il avait besoin, alors que quand nous nous regardons, nous restons dans la plupart des cas complètement ignorants des jeux que nous jouons, des programmes que nous suivons et des manipulations que nous mettons en œuvre. Donc vous devez passer par la première étape, où vous vous demandez ce qu'ils sont, et où vous apprenez à les identifier. |
Joe |
C'est ce dont Gurdjieff parle à propos de « se rappeler soi-même » : de revenir aux situations passées, dans lesquelles vous avez fait certaines choses, et de comprendre la réalité objective de ces situations. Si les gens examinent les événements de leur vie, ils essayent en général de se trouver des excuses pour leurs méfaits et leurs manipulations, ou bien alors de trouver des coupables - de manière générale, de jeter un nuage de fumée sur tout cela. Ce genre de regard sur soi, austère et critique, est requis en première étape, comme Henri vient de l'établir. |
Laura |
Nous utilisons ce genre de choses pour obtenir ce que nous voulons, ce dont nous avons besoin. Et maintenant voici le passage où il traite de cela. Il dit :
« Je prête serment de ne jamais utiliser cette mienne inhérence »...
... ces pouvoirs...
« ...et ainsi de me priver de la satisfaction de la plupart de mes vices dans le cours de ma vie en société. Cette inhérence bien-aimée sera toujours un rappel à mes yeux.
Jamais, tant que je vivrai, je n'oublierai l'état d'esprit qui résulta de cela, alors que le dernier jour où j'étais présent en cet endroit se produisit le raisonnement sur moi-même mentionné ci-dessus, qui se termina par les conclusions que j'ai données. Aussitôt que j'eus réalisé le sens de cette idée, c'était comme si j'avais été réincarné. Je me levai et commençai à courir autour de la source sans savoir ce que je faisais, comme un jeune veau. Et tout se termina ainsi, par cette décision de prêter serment aux yeux de ma propre essence, dans un état d'esprit bien connu de moi, de ne plus jamais utiliser cette mienne propriété.
Je dois également mentionner que lorsque je fis le serment de ne pas appliquer cette inhérence dans la vie, je fis une réserve quant à son application à des fins scientifiques. Par exemple, j'étais à cette époque très intéressé - et même maintenant cet intérêt ne s'est pas entièrement dissipé ‑, »...
Écoutez attentivement ceci :
« ... à augmenter par un facteur de plusieurs milliers la visibilité de centres cosmiques distants, grâce à un medium, et à soigner le cancer par le pouvoir de la suggestion »
Gurdjieff vient juste de dire là que voir, par le moyen d'un médium, était un de ses principaux centres d'intérêt. Et on se demande pourquoi l'utilisation d'un médium, l'utilité de voir par l'utilisation d'un médium, l'utilisation de ses pouvoirs à cette fin, a été si complètement ignoré par les soi disant disciples de Gurdjieff. |
Henry |
Ce qu'il décrit me rappelle tout particulièrement une autre expérience que quelqu'un a conduit durant ces dernières quatorze... douze années... |
Laura |
Oui ! (rires) Oui. |
Joe |
Les disciples de Gurdjieff ne font effectivement pas beaucoup référence à cela. Et je ne pense pas qu'il explique exactement la nature de ses channelings médiumniques... mais peut-être que ce mot de channeling pose problème, parce qu'au début du vingtième siècle on parlait plutôt de spiritisme et de tables tournantes. Des sessions médiumniques étaient organisées... Tout cela avait acquis mauvaise réputation et tombait sous le coup de la critique... Les sessions de cette nature étaient vues comme des farces... C'est donc compréhensible qu'il n'ait pas voulu exactement donner de détails, ni laisser entendre une implication de sa part dans ce milieu. |
Henry |
Oui, il y a cet aspect des choses, et il y a aussi l'aspect que les gens utilisaient cela comme une béquille, comme quelque chose qui allait les « sauver »... |
Laura |
Oui. Ce dont il parle ici est le pouvoir de la télépathie et de l'hypnotisme : « Je fis une réserve... » dit-il, afin qu'il puisse appliquer cela, à savoir le pouvoir de la télépathie et de l'hypnotisme, scientifiquement « ... à augmenter par un facteur de plusieurs milliers la visibilité de centres cosmiques distants, grâce à un medium ». Et ensuite il finit par conclure cet exposé sur ce qu'étaient les fondements de ses idées et de son œuvre, en disant :
« Vers la fin de ce second séjour, dans mon être, le but premier de toute ma vie se sépara en deux aspects bien définis. A cette époque également, à cause de ma réflexion libre et sans entraves - c'est-à-dire d'une réflexion menée sans les effets des influences automatiques des autres - le problème était que, jusqu'alors, l'objectif de mon monde intérieur avait été concentré sur mon seul et insatiable désir d'investiguer sous toutes ses facettes, et de comprendre, la signification et le but exacts de la vie de l'homme. Jusqu'à ce moment de ma vie, toutes les activités dans lesquelles je m'étais précipité, chaque échec et chaque succès, étaient connectés au seul et unique objectif de mon monde intérieur - y compris ma tendance de cette époque à voyager, et à tenter de me placer là où, au sein de l'existence mutuelle des gens, se produisaient des événements énergétiques aigus - tels que des guerres civiles, des révolutions, etc. - venait de là, de cet objectif unique »...
... qui était « d'investiguer sous toutes ses facettes, et de comprendre, la signification et le but exacts de la vie de l'homme »...
« J'avais réuni des éléments pour éclaircir les problèmes de mon objectif principal sous une forme plus concentrée, et donc de manière plus efficace. »
Il nous dit donc ici qu'il avait effectivement collecté une grande quantité d'informations de beaucoup de sources.
« Deuxièmement, et résultant de ma mémoire et de mes réflexions automatiques sur le site de toutes les sortes de terreurs qui jaillissaient des événements violents dont j'avais été le témoin ; et enfin, d'impressions accumulées à partir de conversations avec divers révolutionnaires au cours des quelques années précédentes - d'abord en Italie, ensuite en Suisse, et plus récemment en Transcaucasie - ; cristallisa alors en moi petit à petit, en plus de l'objectif unique précédent, un autre objectif inatteignable ».
Je voudrais m'arrêter ici, et simplement commenter le fait qu'il mentionne ici autre chose, un autre éclairage sur ce qu'il traversait quand il pensait à toutes ces choses qu'il avait faites dans le passé, et à ce qu'il aurait dû faire, etc. bref, quand il était en train de « se rappeler lui-même ». A propos de ce qu'il pensait, il dit : « résultant de ma mémoire et de mes réflexions automatiques sur le site de toutes les sortes de terreurs qui jaillissaient des événements violents dont j'avais été le témoin ; et enfin, d'impressions accumulées à partir de conversations avec divers révolutionnaires au cours des quelques années précédentes ». Des horreurs... et des révolutionnaires... cristallisèrent en lui ce nouvel et second objectif, en plus du premier objectif, qui était de « comprendre la signification et le but exacts de la vie de l'homme ». Quel était donc ce nouvel objectif ?
« Cet autre objectif nouvellement surgi de mon monde intérieur peut se résumer ainsi : que je dois découvrir à tout prix une manière, un moyen de détruire dans les gens cette prédilection pour la suggestibilité qui les conduit à tomber aisément sous l'influence de l'hypnose de masse. »
Et nous pensons à nouveau au fait qu'il appliquait ses capacités à « augmenter par un facteur de plusieurs milliers la visibilité de centres cosmiques distants, grâce à un medium », et aussi à la chose par laquelle nous avons commencé ce petit examen sur ce qui se passait en Gurdjieff, et qu'il a dite - notez soigneusement ces derniers mots de Gurdjieff : « la chose essentielle, la première chose, est de préparer un noyau de personnes capables de répondre à l'exigence qui se fera jour ». Et on peut soupçonner que Gurdjieff a vu beaucoup, beaucoup de choses auxquelles sans doute personne n'a jamais eu accès. Et si quelqu'un existe qui y a eu accès, il ne l'a certainement pas révélé. Cet indice nous montre qu'il y avait beaucoup plus dans ce que faisait Gurdjieff que ne veulent bien le dire en général ceux qui proclament être des disciples de la « quatrième voie ». |
Henry |
Et nous pouvons terminer maintenant, et pour le moment, cet exposé. Nous le poursuivrons dans le prochain podcast. Si vous souhaitez discuter des idées que nous avons abordées, vous êtes les bienvenus sur le forum Signs of the Times, pour lequel vous trouverez un lien sur le site de Signs, à savoir www.signs-of-the-times.org. Merci, et à bientôt. |
[1] Piotr Demianovitch Ouspensky
[2] C'est le titre de la traduction française du livre aux éditions Stock
[3] « Le Combat des Magiciens » Ce livre ne semble pas avoir été traduit en Français, c'est pourquoi j'en donne le titre en Anglais dans le texte (NdT)
[4] « Life is real only then, when I am »
[5] « Beelzebub's Tales to His Grandson »
[6] L'incidente entre tirets est de Laura (NdT)
[7] En Français dans le podcast (NdT)
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